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Inflation : venue pour rester ?

Romain Schmit


Elle est de retour. L'inflation. Et en plus, elle est venue pourrester. En effet, ce qui se passe actuellement en matière d'inflation n'est pas seulement un choc de prix à court terme provoqué par un marché de l'énergie en plein boom conjoncturel, couplé à des incertitudes politiques et à un risque de conflit en Ukraine. Si les prix de l'énergie expliquent environ la moitié de l'inflation actuelle, la plupart des experts prévoient que d'autres problèmes s'ajouteront.

Ce à quoi nous assistons est une inflation des prix alimentée par la reprise économique mondiale,
qui sera encore aggravée par des goulots d'étranglement au niveau de l’approvisionnement et des pénuries
de matériaux et de main-d'oeuvre qualifiée. La transition énergétique et la politique climatique vont encore accentuer la pression sur les prix.


L'Agence internationale de l’énergie prévoit ainsi un quadruplement de la demande en matières premières d'ici 2040.La taxation des gaz à effet de serre - souhaitée et utilisée politiquement comme instrument d'orientation - accentuera encore cette tendance. La politique monétaire expansive menée par toutes les banques centrales du monde fait le reste, même si les ministres des Finances n'aiment pas trop entendre cette vérité. Finalement, cette permanente pluie d'argent est bien plus propice à fabriquer du consensus politique que par exemple des agendas de réformes ou mêmes des coupes claires ou sombres. Dans la zone euro, le volume de liquidités émis par les banques centrales a presque été multiplié par sept depuis 2008, passant de 880 milliards à environ 6 billions d'euros, dépassant ainsi de très loin la vitesse de la croissance économique (environ deux tiers de cette augmentation s'expliquent par l'achat de titres publics).


La situation au niveau de l'inflation est donc préoccupante.

Qui dit inflation au Luxembourg, dit aussi indexation automatique des salaires. Ces jours-ci, on a pu constater dans les médias un réel enthousiasme à l'idée qu'après octobre, une nouvelle tranche indiciaire allait probablement échoir au deuxième trimestre, avec une éventuelle tranche supplémentaire avant la fin de l'année. Du point de vue d'un salarié, cette vision fixée sur le seul maintien du pouvoir d'achat, en faisant abstraction de toutes les conséquences économiques, peut encore être acceptable.

Les membres du gouvernement aussi adoptent la vision salariale du dossier en faisant abstraction du volet structurel de la problématique. La présence de l’ancien directeur de la Chambre de Commerce au ministère des Finances n’a de toute évidence pas servi à donner aux membres du gouvernement et aux autres politiciens davantage de discernement économique. Pour l'expliquer dans le jargon des habitués : Si l'indexation des salaires est un instrument approprié pour maintenir le pouvoir d'achat, l’apéro à 10 heures du matin est également un bon remède contre la gueule de bois ! Pourquoi les médecins conseillent-ils
plutôt de modérer sa consommation d'alcool ?

Ce qui, pour les syndicats et malheureusement aussi pour la plupart des politiciens est une pluie d'argent gentiment payée par les employeurs, est en réalité un problème, car l’augmentation automatique des salaires sans « filtre » ni décalage dans le temps entraîne une augmentation des coûts pour les entreprises qui amorce déjà la prochaine pression inflationniste.


Toutes les entreprises et tous les secteurs ne peuvent ou ne veulent pas répercuter l’augmentation des coûts sur les consommateurs et les clients. Ces effets de second tour existent pourtant, et ils sont renforcés par le fait que dans notre pays tout est quasiment « indexé » , des prestations sociales au loyer. Ce qui engendre à son tour des effets inflationnistes. Si l'inflation reste maîtrisée, l'économie peut faire face à de tels chocs de prix. Mais si le taux d'inflation est plus élevé, la situation devient incontrôlable et une spirale négative risque de s'enclencher : inflation - récession économique - chômage...

Dans ce contexte, les syndicats exigent à l'unisson plus de pouvoir d'achat. Il n'est pas question d'environnement ou de climat ou d'économie circulaire. Après plusieurs tranches indiciaires, les négociations collectives sont amorcées et la pression sur les entreprises augmente encore. La productivité ne figure pas à l'ordre du jour dans ces exercices, au mieux comme un non-sujet avec lequel le « patronat » veut casser l’ambiance. Pour finir, on ajoute encore une dose de justice sociale et le risque statistique de pauvreté pour souligner la nécessité d’augmenter structurellement le salaire social minimum. Les entreprises sont priées de régler la facture et pour les salariés ce n’est que partie remise. Le seul véritable gagnant dans cette affaire est l'État, car ses recettes augmentent avec chaque tranche indiciaire.

L'indexation des salaires est en effet censée compenser la perte de pouvoir d'achat. Mais cela se fait à des degrés très divers. Par exemple, un salarié au salaire minimum recevra 56,42 euros supplémentaires lors de la prochaine tranche d'indexation. A l'autre extrémité du tableau des revenus soumis à cotisations sociales (5xSSM), un salarié reçoit 282,12€ de plus, un chef de gouvernement (S4 ; 940 points) 486,05€ et un ministre du Travail (S3 ; 805 points) quand même 416,24€. Les députés percevront des indemnités majorées de 184,15€, sans tenir compte d'autres revenus ou indemnités. Cela vaut presque la peine de défendre une construction économiquement totalement déraisonnable, non ? L'écart salarial entre les salariés au salaire minimum et ceux qui gagnent bien leur vie augmente de 200 euros par tranche d'indexation.

C'est dire la vocation sociale de cette mesure. Quoi qu'il en soit, dans la situation actuelle, l'économie a du mal à supporter une accélération de l'évolution des salaires, compte tenu de la pénurie persistante de main d'oeuvre.

Les deux dernières années ont constitué un vrai parcours du combattant pour la plupart des activités. Il est donc opportun de mener le débat sur l'index : tranche indiciaire maximale, limitation du nombre maximal de tranches à percevoir au cours d'une période donnée, réorganisation du panier de référence, suppression de l'automatisme, les solutions sont toutes sur la table. Cette fois-ci, le gouvernement ne pourra pas s'en sortir avec un « on continue comme ça ».

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